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Les passes à poisson constituent la solution aux problèmes de carence d’éléments nutritifs dans la rivière Ste-Croix et ses affluents

IJC admin | 2016/08/16

Par Kevin Bunch, CMI

 


L’amélioration des connexions aquatiques le long de la rivière Ste-Croix en vue de favoriser la migration des poissons pourrait s’avérer des plus avantageuses pour ces populations et l’écosystème dans son ensemble.

C’est ce qu’affirme Joseph Zydlewski, chef adjoint de l’unité des pêches au sein de la Maine Cooperative Fish and Wildlife Research Unit du Geological Survey des États-Unis au campus d’Orono de l’Université du Maine. M. Zydlewski veut que la rivière Ste-Croix soit restaurée autant que possible à son état naturel avant qu’elle soit endiguée. « Les réseaux d’eau douce de la côte Est sont typiquement considérés comme étant pauvres en éléments nutritifs, a-t-il ajouté. Par conséquent, lorsque des poissons, comme le gaspareau, l’alose savoureuse, le saumon et la lamproie marine, y migrent depuis la mer, ils contribuent un apport d’éléments nutritifs à ces réseaux lorsqu’ils meurent et sont mangés par des prédateurs. Pour aider ces réseaux hydrographiques intérieurs, il faut comprendre comment les espèces migratrices interagissent avec les espèces résidentes. »

Un gaspareau de la rivière Ste-Croix est ajouté au dénombrement effectué en juin 2016. Source : Shannon E. Runyon.
Un gaspareau de la rivière Ste-Croix est ajouté au dénombrement effectué en juin 2016. Source : Shannon E. Runyon.

M. Zydlewski a adressé le Conseil international du bassin de la rivière Ste-Croix de la CMI lors d’une réunion publique qui a eu lieu le 14 juin dernier à Calais, au Maine.

« Une partie de ma perspective pour la restauration du réseau hydrographique est de tenter de tenir compte de toutes les composantes, et non d’être sélectif parce que nous voulons pêcher du saumon ou de l’achigan à petite bouche, a déclaré M. Zydlewski. Il s’agit de comprendre comment l’ensemble des composantes interagissent. »

Un groupe d’oiseaux attendent la montaison du gaspareau dans la rivière Ste-Croix pour se nourrir. Source : Shannon E. Runyon.
Un groupe d’oiseaux attendent la montaison du gaspareau dans la rivière Ste-Croix pour se nourrir. Source : Shannon E. Runyon.

Dans sa présentation, M. Zydlewski a parlé de l’impact des passes à poisson aménagées aux barrages construits dans le bassin de la rivière Ste-Croix. Selon lui, ces passes ne sont pas un « tout ou rien » pour le poisson. Elles sont plutôt des niveaux graduels de succès, et un écosystème sain a besoin de passes à poissons opportunes et efficaces, comme des échelles et des déversoirs, pour toutes sortes d’espèces. Par exemple, le plus long type de passes à poissons aménagé à certains barrages de la rivière Ste-Croix, l’échelle Denil, convient au saumon, mais elle est peu mal adaptée à l’alose savoureuse et au gaspareau.

M. Rich Moy, commissaire de la CMI, considère que les structures de contournement des barrages pour les poissons doivent être conçues non seulement de sorte à optimiser leur passage poissons vers l’amont, mais aussi à permettre aux jeunes poissons de descendre vers l’océan. À ce titre, l’étude et les activités connexes présentées par M. Zydlewski « méritent d’être considérées ».

M. Zydlewski est d’avis que l’enjeu s’est retrouvé mêlé dans la politique américaine au fil des ans. En 1995, l’assemblée législative du Maine a adopté une loi pour bloquer l’accès des gaspareaux indigènes en migration à la rivière Ste-Croix en fermant les passes de Woodland et de Grand-Sault. La loi a été adoptée en raison de ce qui se sont révélées au bout du compte des préoccupations non fondées qu’ils nuisaient à la pêche de l’achigan à petite bouche.

En désaccord avec la politique de l’État du Maine, en 2001, le ministère des Pêches et Océans du Canada a commencé à transporter les gaspareaux par camions à partir de la passe du barrage de Milltown vers l’amont, pour les amener frayer au réservoir Woodland. La rivière Ste-Croix est une voie navigable située à la frontière entre le Canada et les États-Unis.

La loi du Maine est abrogée en 2013, et une nouvelle loi est adoptée exigeant le libre passage des gaspareaux au-delà des barrages de Grand-Sault et de Woodland.

Le barrage de Milltown. Source : Shannon E. Runyon.
Le barrage de Milltown. Source : Shannon E. Runyon.

Les débats actuels sur la politique concernant la rivière Ste-Croix pourraient aussi avoir des impacts sur l’écologie de la rivière. Le député du Maine à la Chambre des représentants des États-Unis Bruce Poliquin a déposé en juin 2016 un projet de loi qui exempterait le réseau hydroélectrique de l’usine de pâte de Woodland des exigences d’octroi de permis de la Federal Energy Regulatory Commission émises en mars dernier, qui incluent l’obligation d’installer des passes à poisson pour les anguilles à trois barrages de retenue dans le comté de Washington. Le député Poliquin a soutenu que le Maine peut réglementer les projets de façon sécuritaire, bien que les opposants, y compris M. Zydlewski, s’inquiètent que cela minerait les efforts de rétablissement de la population de poissons migrateurs.

La CMI prône des solutions locales pour maintenir un écosystème fluvial sain et équilibré dans le bassin de la rivière Ste-Croix.

Carte de la rivière Ste-Croix illustrant l’emplacement des barrages, tirée d’un rapport de la Commission mixte internationale publié en 2008.
Carte de la rivière Ste-Croix illustrant l’emplacement des barrages, tirée d’un rapport de la Commission mixte internationale publié en 2008.

Kevin Bunch est rédacteur spécialiste des communications au bureau de la Section américaine de la Commission mixte internationale à Washington, D.C.

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